La néo-artère, mythe ou réalité ?
Étude de 79 prothèses artérielles explantées 

J. Descotes (1), J.R. Brudon (2), J.M. Zabot (2), E.Vinard (3), R. Eloy (3), E. Chignier (3), J. Guidollet (4) et P. Louisot (4)

Chirurgie, 115, p. 58-65, 1989

(1) Faculté Alexis-Carrel (Université Claude-Bernard), 12 rue Guillaume Paradis, F 69008 Lyon.

(2) Service de chirurgie vasculaire, Hôpital Herriot, 5 place d'Arsonval, F 69008 Lyon Cedex.

(3) Unité 37de  l'INSERM, 18 av. du Doyen Lépine, 69500 Bron.

(4) Laboratoire de biochimie, Hôpital cardiologique, Lyon, Louis-Pradel, 28 av. du Doyen Lépine, F 69500 Bron.

Résumé


Cette étude représente le 3e volet d’une recherche sur le devenir éloigné des matériaux de reconstruction et de restauration artérielle présentée à l’Académie de Chirurgie. 79 prothèses explantées ont été étudiées. D’abord par une étude histologique approfondie (8 cas sélectionnés sur 70 réinterventions antérieures à 1980), ensuite avec un protocole plus complet : microscope électronique à balayage, tests de résistance, calorimétrie différentielle programmée, diffraction aux rayons X, analyses biochimiques (71 réinterventions depuis 1980). 


Nos constatations recoupent les travaux de R. Guidoin : en dehors des défauts structurels de fabrication ou liés à la manipulation chirurgicale, la fatigue mécanique d’une prothèse artérielle en Dacron (PET) est inévitable : entre la 7e et la 10e année en moyenne, une prothèse a perdu la moitié de sa résistance mécanique. Le tissu de réhabitation comme celui de la capsule externe, aux performances mécaniques médiocres, ne peuvent assurer la relève de la détérioration prothétique qui est estimée totale à la 25e année. Les prothèses artérielles tricotées surtout en position aortique évoluent plus rapidement vers la dilatation, les prothèses tissées sont beaucoup plus résistantes, en revanche leur faible compliance par rapport à l’artère réceptrice favorise peut-être la désunion anastomotique tardive. Au niveau de la capsule interne ou pseudo intima, il n’existe jamais d’endothélium, mais un remaniement permanent et d’évolution variable dans le temps, dont les mécanismes sont mal connus (rôle des prostaglandines ?). 


Plus qu’une néo-artère, le chirurgien vasculaire est capable de réaliser un tube artériel, imparfait et fragile à maints égards, et dont l’évolution reste très mal connue.

Neo-arteries - myth or reality ?
A study of 79 explanted arterial prostheses

Sumary

This study  represents the third stage of a personal study on the long term fate of reconstruction and arterial restoration materials presented to the Academy de Chirurgie. 79 explanted prostheses were studied. First of all by an in depth histological study (8 cases selected from 70 reinterventions carried ou before 1980), and then by a more complete protocol : scanning electron microscopy, resistance testing, programmed differential calorimetry, Xray diffraction and biochemical analysis (71 reinterventions carried out after 1980). 

Our findings agree with the studies o R. Guidon. With the exception of structural manufacturing defects or defects related to surgical manipulation, mechanical fatigue in a Dacron (PET) arterial prosthesis is inevitable : on average by the 7 th to 10 th year, a prosthesis looses one half of is mechanical resistance. The covering tissue, like that of the external capsule, which has poor mechanical properties, cannot compensate for prosthetic deterioration which may be considered to be complete by the 25th year. Knitted arterial prostheses, especially aortic, more rapidly undergo dilatation than woven prostheses which are much more resistant. On the other hand, the poor compliance of the latter compared with the recipient artery, perhaps favorises late anastomotic rupture. At internal capsule or pseudo-intimal level, endothelium is never present, but rather there is a permanent turnover with a variable time course, the mechanisms of which are poorly understood (role of prostaglandins ?).

Rather than a neo-artery, the vascular surgeon is only capable of producing an imperfect arterial tube, fragile from many points of view, and having an evolution which remains poorly understood.